Pendue01

Où se procurer l'ouvrage ?


La claie du haut était occupée par une giga mega gargantuesque tarte aux mirabelles, si chères au bon René II. Les mirabelles, cest pas ma tasse de thé, sauf sous forme dalcool et encore. Djinm’reû mîs beûre ine pitite gote dÊwe di Moûse.[1] Au même niveau, le peu de place qui restait était squatté par une portion de cake aux brimbelles.

Sur la claie du milieu trônaient les diots du village fabriqués amoureusement par le boucher savoyard émigré, dans leur sauce au Chignin en compagnie d’un plat de crozets. Je remarquai une inévitable quiche, un reste déchine de porc à la bière blonde et ses pommes de terre fondantes.

Au-dessus du bac aux légumes, quelques bouteilles de Noiraude et, miracle, un petit seau de plastique rempli de filets de hareng marinés au vinaigre et ses oignons…

Tout félin normalement constitué se serait rué sur les diots ou sur léchine de porc mais votre singulier serviteur ayant, comme vous devriez le savoir grâce à vos mauvaises fréquentations littéraires, un faible pour les inglitins [2], se précipita sur le seau de harengs.

Je pris délicatement lanse dans ma gueule, soulevai le récipient et, marchant à reculons, le sortis du frigo pour le poser sur le carrelage. Avec une précision diabolique, jinsérai la griffe de mon index entre le rebord et le couvercle du récipient. Une légère torsion. Le couvercle fit « pop » et senvola au loin, libérant laccès à lalléchant contenu qui barbotait dans son vinaigre dalcool.

Toujours à laide de mes crochets à souris, je pêchai un filet bien dodu et quelques rondelles doignons. Une fois, deux fois, trois fois… Je me les annexais les uns après les autres sans coup férir. Finalement, tous les morcifs de hareng y passèrent.

Nullement rassasié, je mirai un autre contenant plutôt jaunasse et lus une inscription qui néteignit pas ma curiosité naturelle : « Harengs Sauce Liégeoise »

En plus de soixante années dhumain et quelques années de chat passées à rouler ma bosse en Cité Ardente, je navais jamais vu, lu, ni goûté une telle promesse. Il fallait que je vienne me perdre dans ce petit village de Lorraine pour découvrir un dinosaure de la gastronomie liégeoise…

En utilisant la même technique de la griffe pied-de-biche, je fis sauter le couvercle qui fit « pop ». Il devait savoir que : « bis repetita placent [3]»… Ce couvercle me parut plus cultivé que certains cultivés du couvercle qui sont censés nous gouverner. Je ne me fis pas prier pour agripper derechef un Vulgus Harengus.

Je goûtai la poiscaille enduite de sauce liégeoise. Et, tu sais quoi, mon lapin ? Cette sauce jaune si enthousiasmante ressemblait comme deux harengs saurs à la bonne vieille mayonnaise qui rendait gras et translucide le papelard de nos bons vieux cornets de frites de jadis. Pasquavant, les frites, chez nous, on savait les faire ! Avec de bonnes grosses bintjes indigènes et du blanc de bœuf. Maintenant, cest du surgelos de chez l’Oncle Mickey dans tous les fastes foutres du royaume et dans presque tous les restaurants. On se fout vraiment de notre gueule, comme dans « Top Chef ».

Donc, je poursuivis mon repas en dévorant ce que mon érudition naturelle baptisa tout naturellement : « Vulgus Harengus Mayonaisus » sans en laisser un seul morsus.

Jétais enfin délivré du goût hideux de cette infâme musaraigne puante auquel javais substitué un délicat fumet de vinaigre, de mayonnaise, de harengs et doignons.

- Burp !

Pour le grand bouquet final, je bousculai une bouteille de Noiraude qui se brisa sur les dalles de la cuisine dans un fracas de dispute conjugale. Je lapai la bière blanche aux saveurs dagrumes avec une satisfaction extatique semblable à celle de Popaul quand il a fini dhonorer une petite chatte.

Hélas, alertée par le bruit de la boutanche qui se brisait, toute la smala déboula dans la cuisine.

Marquis, le dos hérissé, surgit le premier.

- Que fais-tu là, maraud ? hurla-t-il en usant dune télépathie feulante (sic) particulièrement cinglante. Ton vacarme nous meurtrit les oreilles

- Ben kwè ? Dji magne on bokèt èt dji beû on cadèt [4], rotai-je.

Gentiane suivit, flanquée de mamy Monique un peu à la remorque…

- Mon Dieu, Cawèlêr, quest-ce que tu as fait ?

- Oh, mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu, surenchérit la vieille, qui commença à trembloter comme une antique paire de fesses sur un escalier roulant.

- Vous ne pouvez pas laisser Dieu où Il n’est pas, pensai-je. Nous sommes déjà de trop dans cette cuisine.

Marquis se léchait le poil, mine de rien. C’était bien dans son genre de m’avoir soufflé ces pensées hérétiques.

Je trônais au milieu de la pièce, le ventre plein, face au frigo toujours ouvert. Les deux seaux de harengs renversés dans la bière. Le mousseux liquide slalomait autour des débris de verre et rampait conquérir le reste du dallage. Évitant le liquide ambré, la mayonnaise dessinait des volutes dun jaune pisseux.

Javais la bobine poissée de mayo, les vibrisses en drapeau Taichung, le cou gominé à la punk et les pattes chaussées de gras, comme si javais pataugé dans une friteuse.

Gentiane s’avança. Je la pressentis menaçante et tentai un démarrage sur les chapeaux de coussinets. Hélas, malgré ma monte Formule Un en Petits Rellis fraîchement rechapés, je me mis à patiner dans la sauce liégeoise comme une Suzuke dans un concours de burn. Et non de « burnes », comme ton esprit retord eût pu le penser.

Sans écorner le principe d’action et de réaction, je n’avançai pas d’une miette, mais  projetai de la mayonnaise et de la Noiraude à tout va. Soudain et, hélas, dans ma pseudo fuite, je m’entaillai la patte avant droite avec un tesson de la boutanche. Je feulai de douleur et mon raisiné se méli mêla à la matotoye [5] répandue dans toute la cuisine.

Tout à coup, je me sentis happé et extrait de mon marasme mayonnaiseux par les mains de Gentiane. Puis, mon héroïne  négocia rapidement avec la vieille encore toute vibrante, un billet d’entrée pour la salle de bain.

Et là, j’eus l’incommensurable bonheur de prendre de nouveau une douche avec la plus jolie gonzesse qui m’ait jamais tenu dans les bras… Elle, en tenue d’Ève et moi, complètement à poils…


( à suivre...)


[1] J’aimerais mieux boire une petite goutte d’Eau de Meuse…  Êwe di Moûse : célèbre alcool liégeois.

[2] Saurets.

[3] Ça, c’est du latin et tu te démerdes…

[4] Ben quoi ? Je mange un morceau et je bois une bière.

[5] Boue, mélange douteux.



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